Il s’appelle Romain, il a 9,5 de moyenne à la fin de la 5ème, de mauvais résultats en français et en math, insuffisants également en anglais, mais très bons en musique, en arts plastiques… Faut-il le faire redoubler ?

Le professeur principal considère que cela est nécessaire, les arts plastiques et la musique ne pèsent pas assez lourd dans la balance, ce sont des matières « mineures », dans notre système scolaire façonné moins par des idéaux humanistes que par on ne sait quels impératifs systémiques.

Mais pour le redoublement, à la fin de la 5ème, l’établissement laisse les parents libres de la décision finale. La mère de Romain est pour, le père est contre, et cela donne lieu à un nouveau sujet de dispute, comme l’école sait si bien en fournir.

Et Romain, qu’en pense-t-il ? Tout le monde s’en fiche, de ce qu’il en pense, Romain, ou disons que c’est secondaire, comme les arts plastiques et la musique.

Romain, pourtant, il n’a pas du tout envie de redoubler. Ça fait des années que l’école se passe mal, une année sur deux, depuis la grande section de maternelle en fait. Certaines instits savaient le prendre, d’autres non, et finalement après une année d’adaptation difficile en 6ème, cet internat lui convenait assez bien, avec les bons copains surtout, qu’il avait enfin réussi à se faire cette année. Dommage que ça ne compte pas sur le bulletin scolaire, cette réussite-là.

C’est pour ça qu’il ne veut pas redoubler, Romain. Il perdrait tous ses bons copains, cette conquête si difficile après des années d’échec en amitié, de sentiment d’être le paria de la classe, celui qui gêne et ne sait pas faire. Il faut dire qu’il ne savait pas très bien faire, il avait même été considéré comme un harceleur par les parents d’une petite fille dont il avait été amoureux, en CM2. Une année terrible, celle-là.

Mais en 5ème, il a rencontré Léo et Farès, qui partagent la même chambre. De bonnes rigolades le soir, le plaisir de se réveiller le matin pour échanger une blague ou deux avant les obligations de la journée. C’est bien pour ça qu’il a quand même réussi à avoir 9,5 de moyenne, il n’a pas très bien calculé, il lui fallait 10, il le sait, et quelques meilleures notes en maths, il s’en mord les doigts, il promet, « Je te jure que l’année prochaine j’aurai la moyenne! – Oui mais comment je peux te croire, tu ne fiches jamais rien, faut toujours te crier dessus pour les devoirs quand tu reviens le week-end ! »

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