Différents contextes

La souffrance scolaire se révèle dans différents contextes et touche différents acteurs. Elle est présente en classe, pour les élèves qui ont du mal dans leurs apprentissages, ou pour les enseignants qui peuvent également subir un stress intense. Elle apparaît dans les cours d’écoles, dans les escaliers des collèges, dans tous ces espaces où les enfants et adolescents vivent cet autre aspect de l’expérience scolaire : la socialisation avec leurs pairs. Elle peut se manifester au cœur des foyers, où les relations familiales sont impactées par le vécu scolaire des enfants, par les devoirs du soir, les bulletins de notes, les mots des professeurs, ou encore les brimades des camarades. Elle peut malheureusement se ressentir dans les salles de professeurs où, parfois, une communication déficiente entre collègues exacerbe la difficulté du métier.

Une approche centrée sur les problèmes relationnels

Il est normal pour chacun de traverser des expériences difficiles dans le cadre de la scolarité, car l’enjeu de l’apprentissage, de la construction de l’avenir des élèves, n’est jamais simple. Néanmoins, c’est surtout lorsque la qualité des relations humaines se détériore que les difficultés se transforment en problèmes. L’approche de l’école de Palo Alto travaille sur le champ relationnel, tel qu’il se manifeste dans les différents contextes, afin de briser le cercle vicieux des tentatives de solutions inefficaces qui génèrent de la souffrance et en retour un surcroît de rigidité dans les comportements, pouvant conduire à des escalades dramatiques entre les interlocuteurs.

L’école de Palo Alto porte son attention sur la qualité des messages échangés : messages verbaux, bien sûr, mais aussi ces messages que transmettent nos gestes, ou encore ceux qui transparaissent dans l’environnement matériel : la disposition d’une salle de classe, la décoration, l’aménagement sont autant d’éléments qui disent ce qui se doit se passer dans cet espace. Fondée sur une approche anthropologique et non normative, l’épistémologie de l’Ecole de Palo Alto est très attentive à ces codes qui nous maintiennent dans des automatismes relationnels redondants, et qui peuvent changer totalement lorsqu’on évolue dans d’autres cultures.

L’association Orfeee s’intéresse à tous ces aspects contextuels, multiculturels et relationnels qui, lorsqu’ils sont pris en compte et intelligemment traités, peuvent modifier le ressenti et donc le vécu des acteurs de l’institution scolaire.

En classe

  • Enfant dans la lune
  • Enfant agité
  • Perte de confiance en soi
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Enfant dans la lune, enfant agité, perte de confiance en soi… comment comprendre et aider ces élèves qui semblent ne pas profiter de l’enseignement dispensé en classe ?

La classe, lieu des apprentissages, au cœur de l’expérience scolaire, où l’enfant est destiné à acquérir de nouveaux savoirs en prenant confiance en ses compétences, mais où trop souvent il se sent incapable, se déconcentre, se disperse ou se renferme.

La classe, c’est aussi le phénomène du groupe, où l’on apprend à vivre sous le regard non seulement de l’enseignant, mais aussi des autres élèves dont le jugement compte tant, au point de provoquer parfois des comportements inadaptés ou encore des souffrances difficiles à surmonter.

La classe, c’est trop souvent pour l’enfant, l’adolescent ou l’enseignant, ce lieu où l’on a peur de l’autre, de son regard, de son comportement, de son jugement, au point d’avoir la boule au ventre au moment d’y entrer.

Car l’apprentissage est avant tout un phénomène relationnel et émotionnel, dépendant du plaisir qu’on va y trouver, et de la confiance que l’on ressent dans son interlocuteur, petit ou grand…

Notre intérêt se porte avant tout sur ces aspects interactionnels des processus de l’apprentissage, et sur le contexte communicationnel dans lequel ils se réalisent. La notion de niveaux d’apprentissages élaborée par Bateson nous est précieuse pour réfléchir aux conditions permettant de passer de l’acte d’« apprendre » à celui d’« apprendre à apprendre », qui mène à l’autonomie et à la créativité.

Quels messages plus ou moins explicites, circulant entre les enfants, adolescents et adultes, peuvent favoriser l’apprentissage à ses différents niveaux, ou bien le rendre difficile, rebutant, voire impossible ? Comment les déceler, les analyser, les modifier, afin de sortir de la souffrance et du sentiment d’échec ?

La question des conditions matérielles, physiques, de l’environnement scolaire est également à prendre en compte – autant d’éléments qui jouent sur le sentiment de bien-être et celui de l’appropriation des lieux par les élèves comme par les enseignants.

Ces questions sont au cœur de la recherche et des interventions de l’Association Orfeee ainsi que du Réseau Orfeee.

À la maison

  • Devoirs du soir, bulletins scolaires
  • Anxiété, insomnies, phobies
  • Mensonges, conflits, repli sur soi
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Stress de la rentrée, rituel des devoirs du soir, drame des mauvais bulletins…

L’expérience scolaire envahit l’espace domestique et les relations familiales, au point de créer parfois des souffrances encore plus grandes que celles vécues au sein de l’école, du collège, du lycée.

L’enfant ou l’adolescent rechigne bien souvent, un jour ou l’autre, à se mettre au travail, à faire ses devoirs, à aspirer à une bonne note, à se lever le matin pour partir à l’heure. Dans une société marquée par le chômage et l’inflation des diplômes demandés pour le moindre emploi, l’angoisse des parents lorsque leurs enfants manifestent ces comportements est plus que légitime. Les relations avec les enseignants renforcent dans certains cas cette angoisse, en y ajoutant une forme de culpabilité, comme si les parents étaient les premiers responsables de la réussite de leurs enfants et les premiers coupables de leurs échecs.

Du côté des enfants et des adolescents, le stress peut devenir intense et générer des symptômes d’angoisse comme l’insomnie, les maux de ventre, les pensées anxieuses qui leur gâchent la vie à la maison, là où ils devraient pouvoir se ressourcer.

La famille est en effet touchée de plein fouet, dans ses émotions, dans ses équilibres relationnels, dans sa communication, par l’expérience scolaire. Trop souvent, elle agit comme une caisse de résonnance qui amplifie les souffrances et le stress. Trop souvent les parents se retrouvent pris malgré eux à prononcer quotidiennement des injonctions paradoxales qui braquent leurs enfants contre eux et les détournent des apprentissages scolaires.

Comment redonner à la famille un rôle apaisant, réparateur, en prenant soin de la qualité des relations qui s’y tissent et des messages qu’on y échange au sujet de l’école ?

Notre travail d’analyse des interactions familiales s’intéresse particulièrement à ces contradictions entre niveaux de communication verbaux ou non-verbaux, analysés par Bateson et l’Ecole de Palo Alto, et à la manière dont il génèrent des paradoxes toxiques qui emprisonnent les interlocuteurs dans un mode relationnel fait d’angoisse, de mensonges et parfois de violence.

Dans la cour de récréation

  • Bagarres
  • Moqueries
  • Isolement
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S’il est un lieu qu’on assimile parfois à une jungle, c’est bien la cour de récréation avec ses prolongements que sont la cantine, les couloirs, les abords des établissements scolaires… En ces lieux, il peut arriver que la loi du plus fort, du plus malin, du moins scrupuleux, domine sur les valeurs humanistes et républicaines que l’école s’efforce d’instaurer en son sein. Et les manières d’agresser sont multiples : agressions directes, par des coups, des moqueries, des insultes, du vol ou de la détérioration de matériel, mais aussi agressions indirectes comme l’ostracisme, les médisances, les rumeurs alimentées sur les réseaux sociaux, etc.

Obsédé par le concept de popularité, dont les adultes ne mesurent pas toujours l’importance, l’enfant comme l’adolescent est parfois pris dans ce que Bateson a appelé des escalades schismogéniques complémentaires, où les rôles de victime et d’agresseur peuvent s’accentuer de manière dramatique. Les interventions des adultes peuvent dans certain cas s’avérer à double tranchant. Protectrices dans un premier temps, elles renforcent l’écart entre les pairs lorsqu’elles figent les identités : victime d’un côté, agresseur de l’autre. Elles omettent alors de modifier l’équilibre relationnel en permettant à l’enfant agressé de changer de posture, afin d’apprendre à se positionner différemment face à l’agression, de telle sorte qu’il puisse désamorcer son agresseur. Le travail sur ce changement de posture et sur les équilibres schismogéniques est un angle d’étude et d’intervention important pour le Réseau Orfeee, dans l’accompagnement des enfants et adolescents en souffrance relationnelle.

Par ailleurs, les adultes concernés – les parents comme les enseignants – doivent pouvoir être accompagnés pour mettre en place avec leur enfant ou leur élève en souffrance une communication qui, en lui apportant un soutien stratégique, permette à celui-ci de se confier sans crainte. La question des répercussions hors des murs de l’école de tout acte posé pour régler un conflit en son sein doit être pensée de manière systémique, afin que l’enfant se sente pleinement rassuré par la solution que les adultes lui proposent.

Enfin, les maltraitances entre pairs ne se traitent uniquement au niveau des relations bilatérales. Comme l’ont montré les recherches, en particulier celles menées depuis quelques décennies par Éric Debarbieux en France, un travail sur les relations dans la cour de l’école doit s’accompagner d’une amélioration globale du climat scolaire et des relations entre pairs, qu’ils soient adultes, adolescents ou enfants. Contribuer par la recherche et les interventions systémiques et stratégiques à agir positivement sur le climat scolaire est l’une des priorités de l’association Orfeee comme du Réseau Orfeee.

En salle des professeurs

  • Solitude
  • Découragement
  • Culpabilisation
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Fatigue, découragement, lassitude face aux comportements insolents voire incivils d’un nombre croissant d’élèves, tensions avec les parents, les collègues ou la hiérarchie… le métier d’enseignant est devenu de plus en plus éprouvant. Et plus la motivation, la vocation, sont grandes, plus rudes sont les déceptions et les épreuves.

Ce métier essentiellement relationnel est aussi l’un des plus solitaires. La salle des professeurs, lieu d’échanges chaleureux dans certains établissements, lieu qui devrait être suffisamment accueillant pour donner envie de s’y installer et de s’y ressourcer, peut au contraire être vécu comme une nouvelle épreuve par les enseignants lorsqu’ils ne se sentent ni écoutés, ni compris, ni aidés par leurs collègues. Et face aux conditions extrêmes que certains enseignants doivent affronter au quotidien, dans une répétition aussi monotone que pénible, seul un soutien moral et stratégique sans faille du chef d’établissement devrait pouvoir leur permettre de se maintenir à leur poste.

Mais les chefs d’établissement sont eux-mêmes submergés de problèmes qui leur semblent insolubles, et ne savent pas toujours comment gérer ce mal-être enseignant. Quant aux visites des inspecteurs, elles semblent n’apporter qu’insuffisamment l’aide et le soutien dont les enseignants ont tant besoin.

Or, face à ces classes indisciplinées voire rebelles, quel enseignant ne se retrouve pas un jour ou l’autre, et parfois très tôt, désarçonné, malheureux, culpabilisé ? Le mal-être a tendance à rigidifier les attitudes, générant des cercles vicieux où les interactions se détériorent rapidement. Aussi le début d’un sentiment de mal-être chez un enseignant devrait être pris très au sérieux, ce qui est rarement le cas, faute de stratégies adaptées pour y répondre.

Bloqués par ce que Bateson a pu appeler des « buts conscients », les enseignants se doivent à la fois de finaliser leur programme, de faire réussir tous les élèves, de maintenir l’ordre et la discipline dans les classes, de s’adapter aux difficultés de chacun, de répondre aux critiques de plus en plus nombreuses des parents, tout en trouvant suffisamment de plaisir dans leur travail pour continuer à avoir envie de transmettre leurs connaissances à des élèves qui dans certains cas manifestent un désintéressement total.

Le travail de l’Association Orfeee et du Réseau Orfeee se concentre prioritairement sur l’aspect relationnel du métier d’enseignant, par l’analyse des solutions déjà tentées, par l’étude des postures, des modes de perception et de réaction, de la communication de l’enseignant, dans le but de le sortir des pièges interactionnels et de lui redonner, autant que possible, un sentiment de légitimité et de bien-être dans son métier.